Education populaire

Rien ne lui est étranger de ce que l’homme peut apprendre

Raspail

« Les étudiants populaires » :

Il y a place sur nos bancs pour tous les gens de bonne volonté, et profit pour tous (…) Instituteur des petits pendant le jour, il devenait, le soir, l’instituteur des grands, des adolescents, des parents, le professeur du peuple toujours sur la brèche, menant de front, avec un dévouement infatigable, la double tâche écrasante de l’école du jour et de l’école du soir (…) Il choisissait les sujets des leçons pour l’école du soir de manière : ici à compléter et à étendre les connaissances professionnelles de ses auditeurs ; à fortifier leur éducation générale, à préparer en eux de bons citoyens, des hommes de coeur, c’est-à-dire des hommes aimant les hommes, capables de comprendre à la fois la nécessité et la beauté morale de la solidarité humaine

Jean Lavenir (1)

 


 

 


 


 

 


 

 


 

Il y a urgence…  (2) au visu de ce rapport…  (3)


 

En 2017, le rapport du Défenseur des droits de l’enfant met l’accent sur la santé et l’éducation à la sexualité et affective.

Effectivement, malgré la directive de 2001 rendant obligatoires les 3 séances annuelles d’éducation à la sexualité et affective pour toutes les classes, de l’école primaire au baccalauréat, l’application de la loi n’est pas égale dans les établissements scolaires.

Dans les faits, cette discipline qui n’en est pas une, se résume à quelques cours de SVT  sur la reproduction en 4ème. Pareillement, cette « matière » peut se limiter à une sensibilisation sur les IST ou la contraception.

Est-ce que c’est ainsi que les enfants vont se développer au mieux ?

Voici quelques chiffres brossant le paysage français :

  • 1 homme viole 1 femme toutes les 7 minutes
  • 2/3 des victimes sont des mineures
  • 10% seulement des femmes portent plainte
  • 10% seulement des violeurs sont condamnés

L’éducation à la sexualité et à la citoyenneté devrait être considérée comme une priorité. Pourtant, rares sont les établissements scolaires qui s’y investissent.

Entre temps, les élèves restent sans réponses à leurs interrogations et demeurent souvent sans soutien face à leur malaise, comme le témoigne cette élève de sixième du collège Jules Verne à Paris 12e :

Parce que j’ai des formes, les garçons me sifflent. Ils disent des choses comme : elle est trop bonne ! Ce n’est pas un compliment parce que ça veut dire qu’ils me voient comme un objet et moi, ça me stresse, ça me met mal à l’aise. C’est comme une violation mais verbale. En plus, ces mots là on les retrouve dans la publicité, les séries et les chansons de rap.

Des lois, des plans et des conventions non appliqués alors qu’il y a urgence

Pour des raisons d’intimité et/ou culturelle, il n’est pas question qu’ils en parlent à leurs parents, et dès fois, encore moins à leurs professeurs. L’infirmière scolaire ou le psychologue scolaire seront les éventuels « libérateurs de paroles » dans le meilleur des cas. Ainsi les fakes news sont légion dès lors que les jeunes abordent entre eux les questions liées à la sexualité.

Des problèmes de moyens en personnels et en ressources

L’éducation à la sexualité et affective renvoie l’équipe éducative (parents + enseignants + infirmières + psychologues + intervenants extérieurs) à l’éducation sexuelle obsolète qu’ils ont reçu. D’où la réticence de certains établissements scolaires à la mieux organiser pour des raisons diverses telle que le montre cette liste non exhaustive :

  • Manque de formation
  • Peur de ne pas savoir répondre aux questions des enfants
  • Crainte des débordements
  • Manque de temps…

Beaucoup d’enseignants ne veulent pas prendre la matière en charge

Effectivement, le principe est clairement écrit sur le site d’éducscol de l’Education nationale car il ne s’agit pas seulement de parler exclusivement de sexe, de maladies ou de reproduction, mais de s’adapter aux demandes et à l’âge des enfants :

« L’éducation à la sexualité contribue à la construction de la personne et à l’éducation du citoyen. À l’école, au collège et au lycée, elle vise à permettre aux élèves d’adopter des attitudes de responsabilité individuelle et sociale. »

Ces séances doivent donc être globales, c’est à dire qu’elles traitent le psycho affectif, le biologique et le social. Selon que les enfants seront en 6ème ou en 3ème, il sera question de bagarres, du corps qui change, de rapports filles garçons ou plus directement de relations sexuelles. Au delà des informations de santé indispensables aux élèves, ces temps de réflexion et de parole collective ont souvent un véritable impact positif sur la vie du collège

Christine Gibon-Alphan – Principale du collège Jules Verne

 



 

Faute d’implication des enseignants, des associations prennent la plupart du temps ces interventions scolaires en charge. Les départements disposent d’un fonds spécifique pour financer de telles séances, mais il reste limité aux établissements classés en zone d’éducation prioritaire. La plupart des associations interviennent donc gratuitement… souvent par militantisme comme le témoigne la conseillère conjugale et familiale à l’Oeuvre de Secours aux Enfants :

Il n’est pas rare d’avoir des séances où l’intervenant refuse de parler de contraception, ou d’avortement, ce qui pose de vraies questions de contrôle et d’évaluation de ces séances de la part du ministère, qui a pourtant donné son agrément.      

Véronique Pigny

Plus que des moyens financiers, le rapport du Défenseur des droits de l’enfant demande donc de toute urgence que le ministère de l’Education nationale fasse appliquer la loi dans les établissements scolaires et surtout qu’il pratique des évaluations des contenus enseignés sur ce sujet.

D’où l’intérêt du projet afin de fédérer tous les acteurs sur le long terme même si les moyens semblent dérisoires.


Documentation

  • LAVENIR, Jean Éducation du Sentiment — Science et progrès pratiques — Vie sociale — Mutualité — Solidarité éd. Edouard Petit (1904) (p.157) (1)
  • DE KERVASDOUE, Education sexuelle des enfants : il y a urgence ! France culture (20.11.2017(2)
  • Défenseur des droits Rapport annuel –  Suivi de la mise en oeuvre de l’éducation à la sexualité  (2017) (p.90-114) (3)
  • La refondation du système éducatif / « L’éducation populaire » France culture (30.05.2012) (15mn 2° partie)